Ces épaules que nous avions oubliées
Parfois, le corps se tait. Des zones entières de nous-mêmes deviennent silencieuses, oubliées. Puis, au détour d'un souffle, une sensation revient. Une participante nous l'a rappelé cette semaine : une rencontre bouleversante avec ses propres épaules.

La séance était terminée. Le silence dans la salle n’était plus celui de la concentration, mais celui, plus doux, du relâchement. Alors qu’autour de nous les tapis commençaient à s’enrouler, une participante s’est approchée, les yeux humides. « C'est la première fois depuis des mois que je sens mes épaules », a-t-elle dit simplement. Des larmes coulaient doucement. Nous n’avons rien ajouté. Il n’y avait rien à ajouter. Juste à accueillir cet instant. Ce retour.
Combien de parties de nous-mêmes mettons-nous en sourdine ? Combien de territoires de notre propre corps sont devenus des terres inconnues ? Par habitude, par protection, à cause du rythme effréné de nos vies, nous nous coupons de nos sensations. Nous vivons dans notre tête, dans nos listes de choses à faire, dans nos soucis. Le corps, lui, continue de porter, de soutenir, de se tendre. En silence.
Le corps, cette terre inconnue
Cette semaine encore, pendant un atelier dédié au bassin, un participant découvrait avec un étonnement presque enfantin la mobilité de cette partie de lui. « Je ne savais pas que ça bougeait comme ça, là-dedans », nous a-t-il confié, un sourire de surprise aux lèvres. Voilà précisément le cœur de notre pratique : non pas apprendre des concepts, mais redécouvrir des sensations. Retrouver le chemin vers ces zones de nous que nous pensions immobiles, muettes, inexistantes.
Il ne s’agit pas d’une performance. Ni d’un objectif à atteindre. Une élève nous demandait récemment combien de temps pratiquer pour « voir des résultats ». La seule réponse qui nous semble juste est celle-ci : le résultat, c'est maintenant. Dans l’instant où vous ramenez la conscience dans votre souffle. Dans le moment présent où vous habitez à nouveau votre corps.
Une pratique pour maintenant
Alors, si vous le voulez bien, prenons trois respirations ensemble. Juste trois. Là où vous êtes. Assis, debout, peu importe.
Fermez les yeux un instant. Ne changez rien à votre souffle. Sentez simplement l’air qui entre, l’air qui sort. Puis, portez votre attention sur vos épaules. Sans jugement, sans attente. Sont-elles hautes, basses ? Tendues, relâchées ? Y a-t-il de la chaleur ? Des picotements ? Ou peut-être, ne sentez-vous rien du tout. Et c’est parfait comme ça. Vous n’avez rien à réussir. Juste à être là, avec ce qui est.
Reconnecter n’est pas un effort de volonté. C’est un acte de présence. Un simple retour à la maison.
Et vous, quelle est cette partie de vous, oubliée, qui ne demande qu'à être ressentie à nouveau ?
Namasté.
L'équipe Mouvements e Qi Libre